mardi 13 mars 2007

Où l'on n'attendait pas les nouvelles !

Les nouvelles en "prime time" sur une chaîne généraliste... Cela peut étonner. Et c'est un succès d'audience puisque selon Médiamétrie il y a eu plus de huit millions de téléspectateurs mardi dernier devant l'Histoire d'une fille de ferme...

Huit millions de livres vendus ! Rêve du petit éditeur que je suis !

Mais, rêve à part, cette audience montre peut-être deux choses :
1 - les gens aiment les histoires,
2 - ils aiment qu'on les leur raconte.
(rappelons-nous les pièces radiophoniques d'autrefois)


C'est une expérience que j'ai déjà pu vivre à Romans sur Isère l'automne dernier et à Dijon cet hiver : proposer les nouvelles en lecture les sert fort bien et suscite l'intérêt des lecteurs. C'est une piste à suivre, pour les organisateurs de festivals, et autres médiateurs du livre.

13 commentaires:

Jacques Layani a dit…

Attention, Pascal, je vous en prie ! Ne pas réduire la nouvelle (et d'ailleurs, l'écriture en général) à une histoire. Je pense au contraire que l'histoire n'a à peu près aucun intérêt. Ce qui nous intéresse et nous touche, c'est ce que l'auteur a à nous dire et la manière dont il nous le dit. L'histoire est un prétexte et peut-être même un post-texte. Le risque de la lecture est de s'arrêter à l'histoire parce que, sans la caresse des yeux sur la page imprimée, on sent mal le désir de l'auteur.

Pascal Arnaud a dit…

Remarque judicieuse Jacques, cependant c’est un fait certain : la trame narrative (plutôt qu’histoire) est un élément constitutif du texte, incontournable en ce qui concerne la fiction. Certes ce n’est plus l’essentiel, mais ce fil de sens permet au lecteur de goûter à l’écriture. C’est d’ailleurs la recherche de l’harmonie entre argument, trame narrative et style d’écriture qui me permet de choisir parmi les textes que je reçois. L’harmonie entraîne la subjectivité. Il n’y a pas de recettes.
D’autre part il y a, aussi, les lecteurs. Et ceux-ci ont probablement un rapport moins analytique aux textes. Lorsque qu’ils parlent d’un livre, c’est en général « l’histoire » qui est mise en évidence bien avant le style. Alors, mon travail de passeur de mots est probablement de proposer des ouvrages qui, en répondant à cette recherche des lecteurs, ouvrent aussi l’horizon sur d’autres dimensions du texte, et en particulier le style de l’auteur.

Jacques Layani a dit…

Eh oui, je vous suis parfaitement. Mais c'est terrible, justement. Car je suis aussi un lecteur. Or, précisément, je ne recherche pas l'histoire mais le coeur qui bat derrière, l'éclair dans les yeux de l'auteur. La petite flamme qui fait qu'il est lui ou elle, et personne d'autre. Et ça, ce n'est pas le sujet (la trame narrative, l'histoire) qui me le dira.

Corine Pourtau a dit…

En tant que lectrice, je suis extrêmement sensible au style d'un auteur, à ce qu'il a à me dire, surtout si ses mots trouvent en moi un écho, ou "répondent" à un questionnement, ou me donnent le sentiment de ne pas sortir indemne de sa lecture, d'avoir "avancé"... Raconter simplement une histoire ne m'a jamais semblé constituer la seule fin de l'écriture, puisqu'il me faut bien autre chose autour, avec, à côté, au-dessus pour qu'un livre ne me tombe pas des mains. Mais l'histoire / la trame narrative constitue néanmoins l'épine dorsale de tout écrit fictionnel - sinon, ce n'est plus de la fiction et je me dirige alors vers le rayon essais ou philosophie ou sociologie - et si c'est un roman ou un recueil de nouvelles que je choisis sur la table du libraire, je m'attends à rencontrer d'abord une histoire et si possible, une histoire "bien menée".

En tant qu'écrivain, j'ai cru, un peu trop longtemps peut-être, que bien écrire (puisqu'on m'attribue une écriture "littéraire"), travailler la matière du texte, sa musique, le souffle de la phrase pouvaient constituer le seul but de l'écriture. L'épreuve de la réalité, c'est-à-dire le retour des lecteurs que j'appelle sans aucun jugement négatif bien au contraire, les "lecteurs de terrain" pour les distinguer des lecteurs "spécialisés" dont la profession est entre autres de "peser" un texte, m'enseigne que si je veux trouver un lectorat dans ma partie - celle de la fiction - je dois avant tout écrire une "histoire". Si elle est "bien écrite", c'est un bonus auquel beaucoup ne sont finalement pas si sensibles. J'ai rencontré des lecteurs plus exigeants, bien sûr, en qui je me suis reconnue, qui demandent aussi un style, une patte et matière à réflexion au-delà du simple divertissement.
Cependant, pour la majorité d'entre eux, lire reste avant tout un moyen de "s'évader de la rélité, d'oublier les soucis". Ils ne veulent pas "se prendre la tête" (je cite). J'ai un jour -il n'y a pas si longtemps - quitté mon long nez cyranesque (?) et laissé mon grand chapeau à plume sur la patère. Après tout, si c'est pour eux que j'écris (et pour qui d'autre que ces "lecteurs de terrain"?), je peux bien les entendre, sans pour autant renier ce que je suis...

Jacques Layani a dit…

Sans vouloir être désagréable, je m'inscris totalement en faux contre cela.

"Si je veux trouver un lectorat dans ma partie - celle de la fiction - je dois avant tout écrire une "histoire"" : d'abord, ce terme de lectorat me sort des yeux ; on ne sait plus dire public, tout simplement. Ensuite, je ne peux pas comprendre ce raisonnement. On ne VEUT pas trouver des lecteurs, on les trouve ou pas, et c'est tout. L'auteur doit dire ce qu'il a à dire, de son mieux et le plus clairement possible. On n'a pas à chercher des lecteurs, moins encore à leur donner ce qu'ils demandent. C'est du clientélisme.

Quant à ce genre de déclaration : "s'évader de la réalité", ça me fait dresser les cheveux sur la tête. L'auteur -- je n'ose pas dire l'artiste -- doit en donner à pleins seaux, de la réalité, justement. Avec un éclairage artistique, cohérent, passionné. Mais surtout pas de l'évasion, bon sang de bonsoir.

Remettez votre chapeau à plume, il risque de prendre la poussière.

Pascal, je crois que je ne vais pas me faire de grands amis avec les autres auteurs de votre catalogue... C'est dommage.

Pascal Arnaud a dit…

Que ce débat est intéressant ! Il prouve au moins que mon petit catalogue regroupe des auteurs ayant une réelle démarche littéraire, réfléchie et originale, et que les recueils choisis ne sont pas des clones les uns des autres…

Corine Pourtau a dit…

"S'évader de la réalité", ce n'est pas moi qui le dis, ni qui le revendique comme finalité de mes propres ouvrages. Je ne fais que citer un certain nombre de personnes avec qui j'ai pu parler, celles qui se déplacent sur les Salons du livre au lieu de rester devant la télé. Nos lecteurs potentiels, donc, Jacques Layani, lorsqu'elles ont la curiosité de s'attarder sur le stand de notre éditeur commun !
Et je pense qu'il faut comprendre dans ces paroles : "prendre un peu de champ avec ce qui constitue un quotidien / leur quotidien". (Mais peut-être que ce PUBLIC-là n'est pas votre PUBLIC en fin de compte, puisque vous lui refusez la légitimité d'une telle attente au seuil de sa lecture.)

Quant à savoir ce qu'un auteur doit faire lorsqu'il écrit, je suis bien d'accord avec vous qu'il "doit dire ce qu'il a à dire et de son mieux..."
Je vous invite à relire plus attentivement mon post : il ne me semble pas avoir écrit le contraire; en tout cas, certainement pas que j'étais prête à tout "pour leur donner ce qu'ils veulent".

Ma foi oui, j'ai la faiblesse de souhaiter trouver un PUBLIC pour mes livres. Mais vous-même, en contactant des éditeurs pour vos textes, ne cherchez-vous pas aussi à trouver un public ? Ne VOULEZ-VOUS pas trouver un public ?

Mais je n'ai pas pour autant vocation à prostituer le clavier de mon ordinateur et sans doute que si vous aviez lu "Absences", vous auriez compris que je ne suis pas auteur à ratisser large, que mes nouvelles racontent certes "des histoires", mais qu'elles véhiculent surtout, à ma manière, "du mieux que je peux", "ce que j'ai à dire".

PS : J'ai lu Le Chateau d'Utopie.

Jacques Layani a dit…

Non, cent fois non, il ne faut pas donner aux lecteurs ce qu'ils attendent. Il faut aller son chemin (quand on le connaît, ce qui n'est déjà pas facile, je vous l'accorde). Le public en question, il faut être réaliste : il y a toutes les chances pour que nous ne le trouvions pas. J'ai presque 55 ans, ce n'est pas maintenant qu'il va se passer quelque chose. Je le sais bien. J'ai publié 13 livres et, mon Dieu, si je peux continuer, ce sera déjà bien. Mais le public attitré, ça n'existe plus, c'est trop tard. Raison de plus pour aller où l'on doit aller.

Pascal Arnaud a dit…

« Donner aux lecteurs ce qu’ils attendent… ». Cette pierre d’achoppement qui semble vous diviser, en apparence seulement je le crois, est probablement au cœur du travail de l’éditeur. Bien sûr qu’un auteur qui sur joue son écriture n’est pas dans son rôle, il doit suivre son projet. C’est par là que son écriture, et son univers intérieur, s’expriment. Par contre l’éditeur doit tenter de faire ce lien entre tel livre et telle attente de lecture. Il en est des lecteurs comme des auteurs : la richesse est dans la diversité.

Jacques Layani a dit…

Vous pouvez dire cela, Pascal, parce que vous êtes un éditeur attentif, dévoué et qui aime ce qu'il fait (bien entendu, ce n'est pas de la flagornerie, n'est-ce pas ?) Mais la plupart se fichent éperdument de tout cela. Ils font de la cavalerie, inondent les librairies de 700 romans en septembre, de 700 romans en janvier, tous ouvrages qui ne trouveront jamais un public, jamais.

Je voudrais seulement que Corine Pourtau ne se fasse aucune illusion et qu'elle comprenne bien, aussi, que même après avoir publié ixe livres, on est toujours le même devant un éditeur à qui l'on propose (et non : soumet) quelque chose. Entre mon commentaire précédent et celui-ci, j'ai reçu un refus... Si, si, je vous assure, c'est vrai.

marie- pierre Frnaçois a dit…

Tout à fait d'accord avec ce que dit Jacques...être intransigeant. Pour moi écrire ( et lire) ce n'est pas s'évader du quotidien, mais le creuser...( quotidien bien sûr veut dire vie, mort, etc...ce qui fait l'humanité)L'histoire en tant que "post-texte", oui, c'est tout à fait ça !..
Mais je comprends tout à fait votre point de vue, Pascal.Je viens moi aussi d'essuyer( ! ) 2 refus , j'attends la réponse définitive de galimard ( perplexes à cause de l'emploi du "je" narratif, et l'impression que c'est un récit, non une fiction!

Jacques Layani a dit…

Je remercie Marie-Pierre François pour son approbation. Des refus, bah... J'en ai plusieurs centaines, soigneusement archivés depuis 1971. Ils n'ont aucune importance. Il faut creuser son sillon. Je l'ai écrit sur un autre blog : lorsqu'un éditeur nous refuse, c'est lui qui se trompe, c'est lui qui a tort. Si l'on ne se dit pas ça chaque matin, on crève. On ne va pas se laisser crever comme ça, non ?

Ce qui est amusant, c'est de pouvoir dire ça sur le blog d'un éditeur... Mais cela montre justement combien je crois en ce que je dis. Si j'étais prudent, je m'abstiendrais, je me dirais : "Ouh là là, ce Pascal Arnaud, il peut être utile, ménageons-le, ne critiquons pas les éditeurs sur son propre blog. Des fois qu'il me trouve un LECTORAT à qui je pourrai enfin raconter des HISTOIRES pour le satisfaire en lui donnant CE QU'IL DEMANDE". Mais je n'ai jamais d'idées derrière la tête et je dis mon coeur, avec un peu d'encre noire et la caresse du vent sur le pont Saint-Michel.

Pascal serait en droit de refuser ce commentaire, mais je sais qu'il ne le fera pas et l'en remercie.

Pascal Arnaud a dit…

Bon… Posons le problème (s’il y en a un) autrement. Il est probablement utile psychologiquement pour un auteur, bien que totalement faux par ailleurs, de se dire qu’un éditeur à tord de refuser un manuscrit.
Utile parce que cela protège l’auteur des atteintes affectives qu’il peut ressentir suite à un refus. L’engagement d’un auteur dans son texte est très important et très personnel. Vos témoignages le soulignent.
Totalement faux parce qu’il n’y a aucune définition possible d’un « bon livre ». Chacun de vous a raison, pour ce qui le concerne. Son rapport à ses textes est personnel, unique. Il n’est pas transposable à un autre auteur. Et de toute façon il y a des trames narratives précises dans Le Château d’utopie de Jacques Layani et une écriture très personnelle dans Absences de Corine Pourtau. Dès lors nous sommes dans le domaine du choix, donc de l’arbitraire. Pas de logique, pas de repères. Il y a l’auteur et son texte, l’éditeur, premier lecteur, face à ce même texte, et à ses projets (et ses moyens)… Nous sommes dans le partage de sensibilités, la résonance souhaitée, espérée, attendue mais souvent déçue. Et puis il y a les lecteurs qui suivront : libraires bibliothécaires, journalistes et critiques peut-être, jurys de prix peut-être encore, et, exception parmi les lecteur, le seul qui paiera en bout de chaîne pour lire…
Et c’est à celui-ci que je pense quand je choisi de publier ou de ne pas publier. Non pas en me disant « ce texte est bon, celui-ci ne l’est pas », mais en cherchant si je saurai porter le texte, le défendre, l’évoquer, et trouver en fin de compte le lecteur à qui il plaira. Je ne peux pas prendre un texte que je ne pense pas pouvoir défendre.
Ma conception du métier d’éditeur est celle-ci. Je ne peux donc pas éditer beaucoup de livres, mais ceux que j’édite sont réellement choisis pour ce qu’ils sont.